Quéribus

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Parapente
au dessus de Peyrepertuse

La chose à voir dans ce terroir, c’est le château de Peyrepertuse. Si vous ne devez visiter qu’un seul château des Corbières, ne manquez celui-là à aucun prix. Il est visible à des kilomètres à la ronde (c’est depuis Rouffiac qu’on le voit le mieux) une fois que l’on sait où regarder, car il se fond si bien dans le rocher sur lequel il se dresse qu’il est difficile à distinguer de la montagne. Le nom de Peyrepertuse est dérivé de "pierre percée".

Quand on l’approche en venant de Duilhac, le village le plus proche, on a du mal à voir où le rocher s’arrête et où le château commence. Bien qu’il paraisse totalement inaccessible tellement sa hauteur est vertigineuse, il suffit pour l’atteindre d’une marche relativement facile de dix à quinze minutes sur le sentier ombragé qui monte du parking. Les ruines sont aussi étendues qu’imposantes.

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Peyrepertuse : château cathare
Près de Cucugnan et Duilhac

Avec ses plus de 200 m de long, le bâtiment principal évoque irrésistiblement un navire, voguant sur des vagues rocheuses à 800 m d’altitude. Plus loin et encore plus haut, se trouve le donjon de San Jordi (Saint Georges), à première vue totalement hors d’atteinte. En cherchant un peu, on découvre un escalier d’une soixantaine de marches taillées dans le roc, qui serpente du mur d’enceinte jusqu’à l’ultime "forteresse dans la forteresse". Inutile de préciser que le panorama que l’on découvre de là-haut est époustouflant. Le jour de notre visite, des amateurs de parapente, tels de gigantesques oiseaux de proie, se laissaient ballotter en silence sur les courants ascendants du côté de la montagne baigné par le soleil.

Peyrepertuse ne fut jamais assiégé ni attaqué pendant la Croisade des Albigeois, menée contre les Cathares ; il tomba néanmoins aux mains des armées françaises en novembre 1240, par la négociation plutôt que par les armes. Le roi Louis IX (Saint Louis), pleinement conscient du parti qu’il pourrait tirer de la position défensive de la forteresse, fit construire le donjon de Saint Georges et l’escalier qui y mène. Le château servit alors de base aux Croisés harcelant les derniers Cathares de la région. Contrairement à Montségur (dans le département voisin de l’Ariège), il ne fut jamais illuminé par les flammes des bûchers sur lesquels on brûlait vifs les perfecti cathares. Par la suite, avec Aguilar, Quéribus, Termes et Puilaurens, Peyrepertuse devint l’un des "cinq fils de Carcassonne", qui protégeaient la frontière avec l’Aragon. Une petite garnison y demeura jusqu’à la Révolution.

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Quéribus
Château cathare © CDT/Davy

Lorsque l’on regarde vers l’est depuis Peyrepertuse, on voit le château de Quéribus perché sur son rocher, comme un doigt accusateur pointé vers le ciel, rappelant qu’il fut la dernière forteresse cathare à tomber, en 1255. De tous les châteaux frontaliers, c’est probablement le mieux conservé et le plus inaccessible. Le chemin qui y mène est beaucoup plus raide qu’à Peyrepertuse et la montée plus longue, mais, là encore, le panorama qu’on découvre vaut tous les efforts. Il reste très peu de vestiges du château d’origine, qui fut souvent transformé pour répondre à l’évolution des besoins.

Pour en savoir plus sur ces sites merveilleux : visitez le site des Citadelles du Vertige.

Sous Quéribus se trouve le village de Cucugnan, qui doit sa notoriété à la célèbre histoire du Curé de Cucugnan. Celle-ci raconte comment le prêtre du village, inquiet de la foi chancelante de ses paroissiens, parvint à évoquer des visions de l’enfer tellement horribles dans un sermon enflammé, que les visiteurs qui se rendirent ensuite au village furent frappés par la piété de ses habitants. Racontée à l’origine en Occitan par Achille Mir, membre d’un groupe d’écrivains du 19ème siècle appelé les "Félibres", qui voulait assurer la survie de la culture provençale (ou tout au moins d’une version édulcorée de cette culture), elle fut ensuite immortalisée par un autre membre du groupe, Alphonse Daudet, dans son recueil de contes provençaux Les lettres de mon moulin. C’est sûrement pour cela que l’on croit souvent que Cucugnan se trouve en Provence. Quoi qu’il en soit, le village abrite aujourd’hui un "théâtre de poche", le Théâtre Achille Mir, où sont données des représentations de cette histoire. Le ticket d’entrée au théâtre comprend la visite de Quéribus et vice versa. A signaler également, à l’église de Cucugnan, une statue inhabituelle de la Vierge Marie enceinte.

Le troisième château du terroir est Padern, une ruine romantique juchée sur une colline surplombant le village escarpé du même nom, sur la Verdouble. Particulièrement pittoresque au soleil couchant, on l’a appelé "les portes du ciel". Détruit au Moyen-Age, reconstruit au 17ème siècle, le château est à nouveau en ruines aujourd’hui.

Tous ces sites évocateurs ne sont pas que des châteaux "cathares". On peut également y voir des monuments à la mémoire d’un royaume qui n’exista jamais, le royaume culturellement unifié des Catalans et des Occitans. A cause du partage de l’empire de Charlemagne entre ses trois fils ennemis au 9ème siècle, ce royaume ne devint jamais une réalité : au contraire, le Languedoc devint un prix que l’Aragon et la France se disputaient, la victoire définitive étant remportée par la France après la Croisade des Albigeois. Aujourd’hui, sa mémoire demeure vivante grâce à une poignée de militants occitans et aux Catalans, qui disposent d’un pouvoir politique plus important. L’esprit d’indépendance catalan est bien résumé par la formulation du serment d’allégeance au roi, qui avait cours au 12ème siècle : "Nous, qui te valons, te jurons à toi, qui ne vaux pas mieux que nous, de t’accepter pour roi... pourvu que tu respectes nos libertés et nos lois ; sinon, nous ne t’acceptons pas."

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